La formation à l’espace/temps au basket-ball

La formation à l’espace/temps au basket-ball

espace/tempsN’importe quelle interaction entre deux personnes, dans la vie de tous les jours, est conditionnée par deux questions : Où et quand ? J’ai vu untel, je travaille avec untel, je partirai avec untel, j’ai discuté avec untel, etc. Oui, mais où et quand ? Ce n’est pas un hasard si les physiciens ont lié ces deux notions dans le célèbre espace/temps, car elles sont finalement indissociables dans toute activité humaine. Raisonnons par inférence : Le sport est une activité humaine et le basket-ball est un sport. On pourrait donc supposer que ces deux notions s’y appliquent ? C’est ce que nous allons voir.

En fait, elles font plus que s’y appliquer, elles en sont l’essence ! Pourquoi ? Parce que c’est un sport qui se déroule à plus de 2 joueurs, qui sont en interaction dans un temps contraint de 24 secondes. Comble de la difficulté, cette interaction ne peut pas simplement être apprise et reproduite selon un schéma déterminé et certain, car elle se déroule dans un monde d’incertitudes entretenues par l’adversaire ! En effet, nos réactions répondent, en attaque, comme en défense, à celles de l’adversaire du jour.

espace/tempsAu basket-ball, on retrouve le concept de temps à toutes les échelles : temps de réaction, temps de suspension, temps de prise d’information, temps de prise de décision, jeu rapide en une poignée de secondes, jeu posé en 24 secondes, enchaînement des actions, etc.

La notion d’espace est aussi omniprésente: espace avant, espace arrière, espace libre, couloir de jeu direct, intervalle, voisinage, fixation, transition, espace de jeu direct, espace de jeu indirect, espace-clé, espace central (ou axial), espace périphérique, surface du terrain, largeur, profondeur, etc.

Le premier degré de complexité : de l’individuel au collectif

La première difficulté pour l’entraîneur consiste à ce que les joueurs passent de la prise en compte individuelle de leur espace/temps à une lecture collective (combinatoire) de l’espace/temps.

Le tableau ci-dessous reprend les compétences à développer chez le joueur à l’échelle individuelle puis à l’échelle collective.

 A l’échelle individuelle et pré-collectiveA l’échelle collective
Espace- Se positionner par rapport au terrain
- Se déplacer dans le terrain
- Avoir des repères visuels (lignes, paniers)
- Proximité, éloignement
- Jeu direct, jeu indirect
- Connaître les espaces clés ou lignes de force (45°, extension LF, extension 3 points, axe panier –panier, 0°)
- Se positionner par rapport aux autres : Distances entre les joueurs ;
- Se répartir logiquement : Equilibre/déséquilibre : égalité numérique, surnombre ;
- Se répartir avec une finalité : Libération/occupation d’espaces couloirs et intervalles ;
- Passer d’un espace à un autre ensemble : Liaisons entre les espaces.
Temps- Prendre l’information
- Prendre la décision
- Réaliser une action
- Adapter ses actions aux autres joueurs (exemple : passer à un joueur qui peut recevoir au moment de la passe)
- Coordonner ses actions avec les autres joueurs

L’entraîneur doit chercher à développer ces compétences chez les joueurs (coordination, synchronisation, timing,  spacing) sans omettre la finalité : marquer des points ou gagner des ballons ! Logiquement, la formation du joueur débute par la maîtrise individuelle de l’espace/temps, avant de développer cette maîtrise dans un cadre collectif. La progressivité de l’acquisition de ces compétences est fondamentale pour l’épanouissement technico-tactique du joueur ou le développement de ce que l’on appelle : « la logique interne » (contraintes des règles qui conditionnent les actions du joueur) qui permet au joueur de porter ensuite son regard vers les endroits ou devra logiquement se dérouler une action. Pour développer ses compétences le travail individuel (1c0) puis pré-collectif en 2c0 et 3c0 est fondamental. Il permet au joueur de distinguer plusieurs possibilités : jouer pour lui, joueur pour quelqu’un de présent dans un espace, jouer pour quelqu’un qui rentre dans un espace, se servir de quelqu’un qui quitte un espace. Le joueur est alors prêt pour le second degré de complexité : l’incertitude.

Le second degré de complexité : L’incertitude

S’il paraît déjà complexe de régler les temps et espaces entre plusieurs joueurs avec une finalité précise, l’adversité proposée par l’autre équipe lors d’un match va amener une autre notion fondamentale : l’incertitude ! En effet, en match, une équipe doit maîtriser l’espace/temps dans un contexte incertain généré par les réactions de l’équipe adverse (en attaque comme en défense). Vous me demanderez alors comment est-ce possible d’adapter en continue sa maîtrise de l’espace/temps dans un univers d’incertitudes ? Et bien c’est grâce à une qualité fondamentale à développer : l’anticipation !

inscrit ton équipe - vision periphérique

En effet, l’entraîneur doit permettre aux joueurs d’enrichir leur catalogue de situations de jeu nouvelles afin d’être en mesures de les anticiper par la suite. C’est la base de l’apprentissage : rencontré des situations nouvelles face auxquelles on sera par la suite en mesure d’adapter une réponse. Un exemple simple avec la passe : pour attraper la passe, vous devriez faire un pas vers la balle. Si vous attendez la balle, vous offrez à vos adversaires la chance d’interférer avec votre action. Si vous vous faites intercepter plusieurs fois, il y a de fortes chances que vous adaptiez votre attitude sur la passe. De la même manière, si un joueur prend l’information autour de lui après avoir arrêté son dribble et se fait voler le ballon en conséquence, il y a de fortes chances qu’il finisse par prendre l’information sur les positions de ses partenaires avant l’arrêt du dribble. Dans tous les cas, c’est à vous de faire travailler les joueurs dans cette optique afin que l’incertitude ne nuise pas à la continuité du jeu. Pour se faire, vous introduisez la notion d’opposition dans le 1c1 tout d’abord, puis dans le pré-collectif 2c2 et 3c3, avant d’aborder le 5c5. Cette étape est encore plus que celle du travail contre 0, car elle permet au joueur de contextualiser l’ensemble des compétences vues auparavant. Et sur ce point, la formation d’un joueur ne s’achève jamais vraiment !

Le parcours de formation du joueur à l’espace/temps devrait donc débuter par l’acquisition de compétences individuelles. Fort de ces dernières, le formateur doit faciliter le développement de compétences collectives, pour enfin introduire la notion d’incertitude et développer l’anticipation par le travail en opposition. Ce schéma pédagogique peut s’appliquer à la construction d’une séance d’entraînement qui débuterait par des exercices portant sur des compétences individuelles, puis pré-collectives sans et avec opposition, avant de s’achever sur des compétences collectives en situations d’incertitudes.

Andy Hyeans – Editeur de Mixt-Offense

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